La musique : une voie spirituelle (Christus Juillet 2009)

C’est une voie spirituelle car elle se fonde sur l’écoute. Elle donne ainsi accès à la Foi, quand elle renvoie à la présence. Elle donne accès au silence où parle Dieu.

La musique ouvre donc à plus grand qu’elle. 

Elle vient faire résonner dans l’esprit de l’auditeur une intériorité qui a goût d’origine ou de terme, une émotion ou une vibration, ressentie comme originelle ou universelle.

Et dans la musique, c’est l’harmonie qui l’emporte sur la maîtrise du monde. Elle se situe ni dans l’agir ni dans la passivité mais dans ce qui s’imprime, dans ce qui se concède à ressentir, à entendre, dans ce qui altère. J’éprouve et je m’éprouve.

La musique ne cherche pas à nous donner une connaissance du monde, mais à nous y accorder. La musique ne nous dit rien du monde, mais elle nous donne d’habiter le monde. Cette expérience qui ne doit rien au concept, doit tout au rythme.

Le verset de Paul : « la foi vient de l’écoute » (Rm 10.17)

La musique n’a aucun savoir à communiquer, aucune connaissance à transmettre, aucun message à délivrer. Elle se donne elle-même sous la forme du sentir qui est d’essence non conceptuelle.

La musique ouvre le « rien ». Elle fait voler en éclats tout ce que je peux penser, concevoir, imaginer. Elle ouvre et ouvre sur le monde mais elle ne véhicule aucune signification. Elle permet à celui qui l’écoute de s’accorder à ce qui lui échappe radicalement, de sortir de ses propres représentations, discours, d’aller vers ce qui n’a pas de nom, vers la présence qui les rassemble tous. 

Elle fait passer les hommes de la frontière du connu vers l’inconnu. 

Le musicien quand il parvient à en jouer, passe de l’ouverture vers l’inépuisable présence, de l’infini vers le fini, de l’indicible vers le dicible, de l’invisible vers le visible, de ce qui échappe vers ce que l’on tient, comme un coquillage que l’on peut loger au creux de la main et qui permet l’ouverture à l’inépuisable rumeur de la mer quand on le porte à l’oreille.

 

L’écoute musicale présente donc une parenté intérieure avec ce que réclame l’écoute de la parole de Dieu en son verbe fait chair.

Par son travail d’écriture elle permettra d’évangéliser, de structurer l’être profond, de conduire vers quelque part.

 

La musique donne la sensation de réorganiser son rapport au monde pour « non plus s’en protéger, s’en isoler, mais l’accueillir et s’y inscrire. »

 

La thérapie musicale ne consiste pas à transformer magiquement et violemment notre vie malade en vie saine, mais à nous mettre doucement dans la disposition où notre vie puisse elle-même retrouver son propre équilibre, comme le pouvoir qu’elle a de se reformer, de se régler, de se reconstituer. La musique par le charme de la mélodie et l’ordre du rythme, reconduit la nature à elle-même.

 

Le rythme n’est pas la cadence, ce n’est pas un phénomène quantitatif, ni d’accentuation, mais il est rythme quand le musicien, l’écoutant s’y sent impliqué. C’est une communication avec le monde qui se fait sous le mode du sentir, mode de communication typique de l’être vivant dans son propre rapport au monde. C’est une respiration, invisible, pur échange perpétuel de l’être qui m’est propre contre l’espace du monde dans lequel moi-même rythmiquement j’adviens.

 

Le geste rythmique instaure plutôt une origine où s’opère, dans l’immédiateté de l’impulsion, le passage du chaos à l’ordre. Alors le monde cesse d’être le « nulle part » où je suis perdu, ou encore l’ "en face" tenu à distance et mis en perspective dans des configurations objectives, représentées ou thématisées.

 

Les silences ne s’opposent pas à la musique, comme la paix n’est pas l’opposé du bruit ou le vide l’opposé du plein. La musique n’est pas un bouche-trou et le silence n’est pas le vide où l’homme se perd. Le silence est une qualité d’écoute ; il présuppose qu’il y a autre chose, quelqu'un à entendre car on est dans l’écoute.

Et survient « qu’est-ce qui s’écoute dans le silence ? » et « qui est-ce qui s’écoute dans le silence ? ».

 

 

musique spiritualité

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